[Murdered: Soul Suspect] Test

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7.5

Bon jeu

7.5

Avis des utilisateurs

Si Murdered: Soul Suspect avait été une œuvre de David Cage, alors aujourd’hui nous serions encore en train de discuter sur comme apercevoir et vivre ce jeu vidéo.  Le titre de Airtight Games n’est pas trop loin de cette philosophie de développement et, vu son choix, c’est-à-dire celui de renoncer à une histoire captivant pour un gameplay boiteux.

Le studio Airtight Games ne s’est illustré jusqu’à présent, auprès du grand public, qu’à travers des productions qui n’ont pas vraiment marqué les joueurs: le jeu d’action Dark Void, sorti en 2010 sur PlayStation 3, et Quantum Conundrum, en 2012 sur le PlayStation Network. On peut sans trop de risque prétendre que Murdered: Soul Suspect est le titre le plus ambitieux du développeur, d’autant qu’il a été remarqué lors du dernier E3 – 2013 – pour son originalité et son ambiance ésotérique.

C’est vrai que, dans un jeu vidéo, incarner un fantôme est une chose plutôt rare, surtout quand il faut découvrir son propre meurtrier. Une histoire, à haute teneur en glauque d’un détective fantôme aux prises avec un tueur en série dans la brumeuse bourgade de Salem, Massachussets, alléchante sur le papier qui ne tient pas toutes ses promesses manette en mains.

Quand Square Enix annonce une nouvelle licence AAA orientée enquête et réflexion, les joueurs tendent l’oreille. Habitué des ajouts aussi explosifs que superflus à des séries qui n’en demandaient pas tant, l’éditeur garantissait avoir laissé carte blanche à Airtight Games pour produire un pur jeu d’aventure à l’ADN.

Quand L.A. Noire, en quelque sorte Ghost Trick et The Secret World mélangent leurs fluides.

Le détective Ronan


Avec son look de rebelle tatoué jusqu’au cou comme un M. Pokora des familles, le détective Ronan O’Connor n’a pas vraiment la dégaine d’un représentant de la loi. Ancien voyou, il est pourtant rentré dans le rang et se trouve désormais du bon côté des barreaux, si bien que c’est en faisant son devoir qu’il rencontre la mort, défenestré du quatrième étage et plombé de sept balles dans le buffet par un mystérieux assassin. Comme un Patrick Swayze dans Ghost, il met un peu de temps à comprendre qu’il a passé l’arme à gauche et que s’il n’arrive plus à ouvrir les portes ce n’est pas parce que les poignées sont défectueuses mais bien qu’il n’est plus qu’une âme en peine, refoulée à l’entrée de l’au-delà et condamnée à errer sur Terre tant qu’il n’aura pas trouvé son meurtrier. Aidé par d’autres bonnes âmes et épaulé par une jeune médium, notre enquêteur doit mettre hors d’état de nuire celui que la presse appelle le Crieur des morts.

The beginning

L’histoire de Murdered: Soul Suspect commence par la mort de son héros. Défenestré et achevé d’une volée de pruneaux en plein centre-ville de Salem, le détective Ronan O’Connor passe ce que l’on pourrait appeler « une sale journée« . Et pour cause: non content de s’être fait refroidir par le suspect qu’il croyait coincer, le pauvre zig se voit refuser l’accès au repos éternel auprès de sa défunte épouse. Piégé en case « Fantôme translucide« , il lui faudra d’abord régler ses petites affaires laissées en suspens dans le monde tangible. Comme faire coffrer son assassin bi-classé serial killer et mettre un terme à sa frénésie de meurtres rituels, par exemple. Plus facile à dire qu’à faire, quand tout ce qui reste de votre enveloppe corporelle est un joli petit tas d’ectoplasme hautement intangible.

O’Connor comprend assez rapidement qu’il lui faudra de l’aide s’il désire lever le voile sur l’identité de la brute sans visage. Certes il peut désormais posséder les vivants (une prérogative de fantôme) mais son influence sur leurs actions reste bien trop faible pour s’en sortir seul. Murdered: Soul Suspect offre le boulot du sidekick à une adolescente un poil revêche mais surtout très médium: seule vivante à pouvoir voir et entendre le héros, Joy est également une jolie épine dans le pied de Ronan et c’est sur leur duo que repose beaucoup du charme du titre. Seul, notre flic spectral est un amas de clichés sans buts, ancien voyou devenu flic, veuf en quête de vengeance, porté sur les tatouages ringards, les chaines de portefeuille et le port du fedora. Du genre qui continue à tirer sur sa clope fantôme même dans la mort pour le style. Au contact de son intenable protégée, Ronan prend de l’épaisseur et s’achète finalement une sympathie toute bienvenue, qu’on parvient même à étendre à l’archétype sur pattes qu’il représente. D’autant que le scénario concocté par Airtight Games embrasse les bons lieux communs au bon moment, dose son mystère, zappe habilement le pathos superflu et se paie le luxe d’un crescendo maîtrisé et de quelques retournements de situation originaux. Dommage que le tout perde légèrement en force une fois passé à la moulinette du doublage VF (la version originale ne propose pas de sous-titres français).

Les pièges de Salem

Si Ronan est effectivement privé d’interactions directes avec le réel, il perçoit maintenant des bribes du monde spectral, assez élégamment superposées à la ville de Salem. Ruines d’anciens bâtiments, résidus d’événements passés et autres âmes piégées comme lui dans l’entre-deux-étages constituent ainsi son monde solide. Tout le reste peut – et doit – être traversé à l’envi pour progresser. N’allez cependant pas imaginer la ville comme un gigantesque open world pour passe-murailles en goguette : à Salem, toutes les habitations ont été bénies par une meute de prêtres payés grassement par Square Enix pour faciliter la tâche à Airtight Games: Ronan peut faire fi des cloisons une fois à l’intérieur d’un bâtiment, mais il devra profiter d’une porte ou d’une fenêtre ouverte pour investir les lieux – et permettre au jeu de charger la zone. Plus hub moyen que véritable bac à sable, les rues de Salem servent avant tout de connecteurs entre les points d’intérêts visités par Ronan au cours de son enquête.

Si l’on sent la volonté de se rapprocher de l’esprit vivant des portions urbaines d’un Vampire Bloodlines (ruelles, PNJ en vadrouille, quêtes annexes et secrets à dénicher), le résultat est ici partiellement gâché par le level design: à trop baliser le chemin en s’aidant des résidus spectraux (solides, donc) Murdered: Soul Suspect étouffe parfois le joueur jusqu’au point où l’on cesse de croire à ce petit bout de ville. Heureusement, l’atmosphère est là pour rattraper le coup : grâce à son histoire trouble (les procès en sorcellerie de 1692) le bled est devenu un coin à touristes avec son musée de la torture, ses visites organisées au cimetière et ses aventuriers fondus de légendes urbaines. Ajoutez à cela les visions spectrales de Ronan et la menace bien moins fantoche du fameux Bell Killer: et hop, la belle ambiance de série B poisseuse livrée clé en main à votre domicile.

Easy gameplay

Lors de notre zoom il y a quelques mois, on s’inquiétait d’une certaine linéarité dans le système d’investigations et le jeu final ose même pousser la réglette un cran plus loin encore vers la nouvelle interactive. Toute enquête commence par le sacro-saint tour de la zone, pendant lequel O’Connor examine une volée d’indices qu’il consigne dans une sorte de journal. Ronan se penche, jette un oeil, un mot clé apparaît à l’écran, on lui fait faire quelques pas et rebelote. Parfois, il pourra prendre possession d’un vivant pour lire quelque chose à travers ses yeux, ou écouter sa conversation téléphonique tel l’énarque moyen. Et en tant qu’esprit frappeur assermenté, il en profitera même pour suggérer une idée à son hôte histoire d’extraire un indice de ses souvenirs ou de le persuader de réaliser une action. Dommage que Murdered : Soul Suspect ne propose finalement que trop peu de pirouettes de ce genre et préfère se concentrer sur le ramassage à la chaîne et les mini-jeux gagnés d’avance.

Quand un indice est nimbé d’une lumière bleue – signe qu’il appartient au plan spectral – une pression de gâchette permet au héros d’utiliser ses pouvoirs pour révéler le « fragment mémoriel » figé dans la fameuse Pénombre. Par exemple, le souvenir du tueur en train de farfouiller quelque part. Murdered: Soul Suspect enclenche alors un quiz, qui propose d’associer trois mots au souvenir immobilisé devant nous. On s’imaginait déjà faire pivoter le modèle, étudier sa posture et ses mimiques, mais les listes dans lesquelles piocher les termes sont si dépourvues de nuance qu’il est impossible de se tromper. Une fois les indices récupérés avec succès, il faut tirer ses conclusions pour pouvoir aller de l’avant. Cette fois, pas d’adjectifs à sélectionner, mais un second minigame où l’on est censé trier le bon grain de l’ivraie pour répondre à une question posée par le jeu – par exemple « Par où s’est enfui le témoin? ».

On balade le curseur entre la quinzaine d’indices ramassés, on sélectionne ceux qui tombent sous le sens et Ronan se voit gratifié d’un super flashback surnaturel qui l’informe de sa prochaine destination. Et les rares dilemmes un poil plus touffus voient leur enjeux réduits à peau de chagrin par le parti pris d’accessibilité que se sont imposés Airtight Games et Square Enix: Ronan ne peut pas se tromper, ni prendre de décisions qui fermeront des arcs scénaristiques dans la suite de l’aventure. Rater un mini-jeu, c’est simplement se voir intimer l’ordre de recommencer, jusqu’à ce qu’on y parvienne. Il existe un système de notation sur trois points – associés aux trois premiers essais – mais jamais la moyenne de vos notes n’entre en ligne de compte, pas même sous forme de ranking en fin d’aventure. Les segments d’enquêtes ne sont ici qu’un moyen pour Murdered: Soul Suspect de dérouler son enquête, heureusement écrite avec assez de passion pour maintenir le joueur en alerte.

Murdered : Soul Suspect

Un peu de variété

Disposés stratégiquement un peu partout dans Salem, des sortes de bouches des enfers laissent échapper des pognes griffues prêtes à entraîner les spectres imprudents dans les abysses. Ronan ne fait pas exception, aussi il lui faut trouver un hôte humain à posséder pour franchir ces zones incognitos. En incarnant l’un des vieux chats décrépis qui traînent à Salem, on pourra se faufiler dans les conduits d’aération ou grimper aux arbres pour atteindre certaines zones. D’autres séquences en duo avec Joy vous demanderont de couvrir sa progression en parasitant des caméras ou en la jouant poltergeist avec la photocopieuse pour détourner l’attention d’un garde pendant qu’elle se faufile dans son dos. Là encore, impossible de se planter ou de voir la gamine capturée puisque tout cela est bien évidemment scripté. Mais c’est l’occasion pour le jeu de réveiller en nous l’ado farceur tout en proposant de participer activement à la relation Ronan/Joy. Et l’air de rien, de rythmer un peu la balade sans tomber dans les classiques séquences de shoots et/ou de close combat avec actions contextuelles.

Mais, croyant probablement bien faire Airtight Games est également allé se balader du côté de l’infiltration. Régulièrement, le pacifique détective tombe nez à nez avec des démons, sorte de Détraqueurs sortis tous droits d’Azkaban pour aspirer les esprits égarés. Et ce sont les seules bestioles capables de tuer Ronan – une seconde fois, oui. On écope d’un jeu de cache-cache un peu poussif au cours duquel notre flic doit se téléporter d’âme en âme pour se glisser dans le dos des damnés, avant de les exorciser à coup de QTE. S’il est repéré, il pourra filer se cacher en espérant qu’ils oublient sa présence et reprennent leur ronde. Dans le cas contraire, c’est le game over en moins de dix secondes. Pas tactiques pour un sou (les tours de garde sont simplistes et le héros traverse les murs) ces rencontres portent le sceau de la bête frustration, la faute à des invites d’exécutions qui ne s’affichent que dans un angle de caméra très précis, quand elles s’affichent. Pénibles et beaucoup trop décollées du reste, ces phases représentent ce que Murdered: Soul Suspect a de moins intéressant à offrir.

L’histoire avant tout?

Donc, Murdered: Soul Suspect veut raconter une histoire. Des histoires, même, si l’on prend acte de la jolie masse de contenu additionnel prévu pour épaissir la sauce – longue de 7 heures en ligne droite. On fait ainsi la rencontre de nombreuses âmes en déroute, incapable de rejoindre l’au-delà sans notre aide. Un conducteur choqué qui prostré dans la Pénombre, s’est persuadé d’avoir tué ses amis sous l’emprise de l’alcool, une locataire que les drogues et la fête ont emporté trop loin: en tout une bonne douzaine de cas qui nécessiteront l’attention de Ronan et apportent encore un peu plus de corps à la moite ville de Salem. D’autres historiettes pourront être débloquées via la triple tonne d’objets à collectionner dissimulés un peu partout dans la ville, pour ceux que la chasse au trésor, la lecture et les magnétophones de huit pieds de long n’effraient pas. On recommande chaudement les Histoires de Fantômes, glauques à souhait mais liées aux items les plus difficiles à dénicher.

Aller s’approprier le contenu annexe de Murdered: Soul Suspect ne se fera malheureusement pas sans heurts. Comme les exécutions discrètes, les actions contextuelles de ramassage d’objets peuvent se montrer terriblement capricieuses. Et quelques-uns des plus jolis bugs sont liés à des enquêtes secondaires (PNJ qui se téléportent ou refusent simplement de répondre au moment de leur faire vôtre, accidents sonores, etc). Enfin, on voyait pas plus tard qu’avant-hier nos cinq premières heures de jeu précipitées dans l’oubli par un caprice d’autosave, normalement réparé à l’heure où l’on vous parle. C’est mieux quand on le dit.

A bien des égards, Murdered : Soul Suspect n’est que le spectre de ce qu’il aurait pu être. Les idées sont là, notamment en matière d’histoire et d’ambiance, mais sont à mettre en regard avec des enquêtes au niveau CE1 du remue-méninges et des phases d’infiltration pénibles qui brisent régulièrement l’immersion. Du jeu d’aventure promis ne reste au final qu’une enquête interactive à vivre en pilotage semi-automatique, une suite de collectes d’objets et de séances de déductions évidentes qui permettent de débloquer la prochaine étape de l’histoire.

Murdered : Soul Suspect«Je vois des gens qui sont morts»

Pourtant, nul doute que la sauce prendra malgré tout, pour peu que votre cœur soit sensible aux belles auras de mystère et aux histoires généreusement documentées. D’autant que pour toute violation du code d’honneur des jeux d’enquête et de réflexion, Murdered: Soul Suspect déploie des trésors de sympathie et de charme pour se faire pardonner, notamment via un duo de protagonistes attachant, l’atmosphère étouffante de son installation et quelques révélations plutôt bien amenées. Enfin, si le jeu d’Airtight Games accuse bien des défauts, difficile de ne pas saluer son refus de n’être qu’une production parmi tant d’autres au pays des AAA. Dommage en revanche qu’il conserve la politique tarifaire de ses petits camarades : on conseillera d’attendre les soldes.

Enfin, même mort notre inspecteur n’est pas à l’abri d’une disparition prématurée puisque les développeurs ont jugé bon d’incruster des démons dans certains niveaux. Ces mangeurs d’âmes, visibles à travers les murs en pressant R1, se ruent sur Ronan dès qu’ils l’aperçoivent pour le dissoudre. Notre gars doit alors se confondre avec des effluves spectraux le temps de se faire oublier, de les approcher en toute discrétion ou de les contourner. Ces passages d’infiltration, sorte d’un-deux-trois soleil complètement foireux, singent les classiques du genre jusqu’à détruire les démons si on les prend par surprise de dos. Aussi mal exploitées que dispensable, ces séquences auraient pu être amusantes à jouer si les démons n’avaient pas tendance à tricher. Entre leurs yeux derrière la tête qui plombent une fois sur deux vos tentatives d’approche furtive dans leur dos et leur don de voyance qui leur permet de toujours repérer votre cachette, ces moments angoissants contribuent allégrement à ce sentiment de frustration que l’on ressent en jouant à Murdered : Soul Suspect.

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Bon jeu

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